Look@U : Regarde le monde, je te regarde.

 

En 2011, Solène Champenois part sac sur le dos et appareils photos plein les poches découvrir la Méditerranée. Sicile, Grèce, Liban, Egypte, quatre étapes à la rencontre d’adolescents d’horizons différents. Solène s’arrête un à deux mois dans chaque pays et anime des ateliers avec adolescents ou étudiants. Leçons de compositions, prises de vues, choix de thèmes et puis les jeunes se lancent à la redécouverte de leurs villes, de leurs quartiers, de leurs pays. Solène les observe, découvre à travers eux leurs réalités, leurs quotidiens. A travers ses portraits, elle immortalise la rencontre de ces jeunes avec chez eux. Interview.


Est-ce que tu peux présenter ce projet « Look@U » ?

C’est un projet d’ateliers photos avec des jeunes de la Méditerranée qui ont été réalisés en 2012. Je voulais encourager des jeunes à prendre un appareil photo pour dire des choses. Je suis partie pendant quasiment un an, de fin 2011 jusqu’en 2012, avec un sac à dos et des appareils photos. Les pays méditerranéens m’attiraient depuis longtemps par rapport à l’Histoire, aux civilisations, tous les échanges qu’il y a sur cette région. Et aussi par rapport à ce qui s’y passait, les pays du sud de l’Europe sont les plus touchés par la crise et pour aussi voir ce qui se passait du côté du printemps arabe. J’ai senti que c’était une zone qui bougeait et des liens très intéressants entre les peuples.

 

Les structures avec lesquelles tu as travaillé étaient à chaque fois différentes ?

Il y a eu quatre associations qui ont fait parti du projet. Une association dans un quartier défavorisé de Palerme qui accueille les jeunes, souvent déscolarisés. L’après midi il y a des activités : du sport, de la musique, du journalisme. En Grèce à Athènes, j’ai travaillé avec l’association « Les citoyens en action » qui s’occupe de chantiers de jeunes et de tout ce qui touche à la citoyenneté. Deux étudiants et deux jeunes migrants, un pakistanais et un nigérian ont travaillé sur le deuxième atelier. Ensuite, il y a eu le Liban, à côté de Beyrouth dans une école de jeunes sourds et malentendants. Le langage oral était compliqué alors la photo leur offrait un autre moyen de s’exprimer. Le dernier atelier était en Egypte à Alexandrie. Avec la révolution, ça bouge beaucoup parce que les gens s’interrogent, se questionnent et l’art joue un grand rôle dans tout ça.

 

Comment s’est passée la sélection des photos pour l’exposition ?

Dans chaque atelier, il y avait un travail collectif puisqu’on allait prendre les prises de vues ensemble. Chacun d’entre eux devait choisir un thème pour ces photos. L’idée c’était que chacun se pose la question « Qu’est-ce que j’ai envie de raconter ? ». L’idée de Look@U c’est « moi qu’est-ce que j’ai à dire, qu’est-ce que j’ai envie de transmettre» vu que l’expo est visible dans d’autres pays.

Les thèmes étaient choisis de manière libre. Ce qui est intéressant c’est que beaucoup de thèmes se répondent : en Sicile par exemple, l’un traitait des déchets et un autre des chiffonniers ; les bâtiments, ça a été traités au Liban, du fait de la guerre. Qu’est-ce qu’on préserve, qu’est-ce qu’on rase. Il y a tout le travail autour de la mémoire. Mais on trouve aussi ce thème en Sicile ou à Athènes : l’entretien des façades, comment rendre la ville belle, notre environnement...

Finalement l’exposition a été construite par rapport à ces thèmes. J’ai regroupé les thèmes qui se répondaient. L’exposition propose une sorte de parcours dans une ville imaginaire méditerranéenne avec les commerces, les lieux de culte, l’environnement, les bâtiments, les lieux de vie sociale (les cafés, les lieux pour se reposer), et la mer qui est le lien entre tous ces pays. Chaque jeune avait choisi une quinzaine de photos présentées lors des expos dans chaque pays. J’en ai sélectionné deux, trois voire quatre par jeunes. Je trouve ça important d’avoir un regard de l’intérieur.

 

Quelle vision ces jeunes ont-ils de l’Europe ?

Je n’ai pas fait une « enquête » sur le sentiment européen par contre je les ai beaucoup interrogés sur le sentiment méditerranéen. Je pense qu’il y a des réalités de vie complètement différentes pour ces 18 jeunes d’horizons très différents : étudiants, sourds, immigrants, jeunes déscolarisés. Chacun avait quelque chose à dire. En Sicile et en Grèce, l’Europe est à la fois vue comme un espace d’échange culturel (échange de jeunes, atelier d’anglais) après une vision difficile par rapport à la crise qu’ils subissent de plein fouet. Les jeunes migrants viennent avec une vision idéalisée de l’Europe. Après tout ce qu’ils ont vécu, c’est un choc. Il y a le racisme, pas de travail, c’est la crise. Bien sûr, ils trouvent des gens pour les aider mais c’est quand même un gros choc. Au Liban, il y a un lien culturel très fort avec la France par rapport à l’histoire et donc à l’Europe.

 

 

Ils se considèrent plus méditerranéen qu’européen ?

Je ne sais pas si c’est plus fort mais en tout cas, c’est présent. Pour tous, il y a un attachement très fort à la mer. La mer en partage. Certains se sentaient surtout de leurs pays, de leurs villes, de leurs pays. En faire un territoire qui ait du sens et où il y ait des droits communs. De la part de tous, une envie d’échanger, de se connaitre. Beaucoup de jeunes ont envie d’aller voir ailleurs : l’Europe ou les USA. Mais ça dépend beaucoup des situations entre une grosse ville et un village isolé. Mais globalement il y a une envie. Il y a du mouvement en tout cas.

 

Tu penses que la photo est un langage universel ?

En tout cas, on peut partager beaucoup sans les difficultés de la langue. La langue c’est aussi un vecteur de séparation quelque part. L’image, c’est un médium très fort pour échanger, pour s’exprimer, pour mieux se comprendre. C’est beau parce qu’on apprend à comprendre une culture à travers la langue. Mais parfois, on a besoin de se passer de mot. L’image peut dire des choses mais aussi chacun est libre d’interpréter. 


 


L’exposition Look@U a été présentée à la Mano pour la fête de l’Europe.

Le vernissage a eu lieu

le Jeudi 16 mai 2013 à 18h30 à la Mano


Pendant le vernissage, le film "Regarde le monde, je te regarde..." a été projeté.


L'exposition était visible du 13 au 17 mai à la Mano. Elle est en ce moment accueillie jusqu'au 25 mai 2013 au TriptiC, Maison de quartier de la Bottière, 1, rue Germaine Tillion - Tram ligne 1 arrêt Souillarderie


Retrouvez ici les photos du vernissage de l'exposition à la Mano!